UTC Faire avec

Tâtonnements et mise en place

Synthèse :

  • Faire avec était initialement un projet de recherche participative autour de la notion de savoir expérientiel
  • Les premiers échanges qui ont eu lieu ont orienté le projet vers un collectif de partage d’expériences en vue de donner corps à des actions et productions collectives qu’il restait à définir
  • Les premiers partages d’expérience ont suscité des dynamiques de dévoilement de soi dont l’impact émotionnel différé a été jugé potentiellement néfaste au projet et à l’équilibre des personnes investies
  • Le collectif s’est donc peu à peu orienté vers l’idée de constituer une communauté de recherche autour d’ateliers multiformes permettant de définir et de traiter ensemble des problèmes communs liés à nos expériences des vulnérabilités psychiques

Le projet de mettre en place une communauté de recherche au sein de l’université de technologie de Compiègne a pris forme au cours de l’hiver 2025-2026 puis s’est déployé sur le semestre de printemps 2026 (mars – juin). Au cours de ce semestre, huit personnes concernées par des vulnérabilités psychiques se sont investies pour échanger sur leur vécu, mettre en commun leurs attentes vis-à-vis du projet, et peu à peu en dessiner les contours.

Initialement, le projet est porté par une chercheure concernée par des vulnérabilités psychiques. Il a été relayé auprès des étudiants et étudiantes susceptibles d’être intéressé·e·s à l’aide de la cellule handicap de l’établissement, qui met en place les aménagements d’études des étudiant·e·s en situation de handicap. Le message suivant a donc été relayé aux étudiant·e·s suivi·e·s par cette cellule :

Deux participantes ont aussi été contactées par interconnaissance. Au total, et en plus d’Elodie G., sept étudiantes ont participé au premier semestre d’existence de Faire avec.

Les rencontres individuelles entre Elodie G. et les personnes intéressées ont permis à chacune d’entre elles de s’exprimer sur leur parcours académique et personnel et d’identifier différents facteurs à prendre en compte pour que les ateliers leur soit non seulement accessibles, mais véritablement confortables. Luminosité de la salle, possibilité de varier les positions corporelles, bruit ambiant, horaires et durée, confidentialité des échanges… sont différents éléments qui ont été abordés.

Le premier atelier, indiqué ci-dessus, a consisté à introduire le concept de « savoir expérientiel » aux participantes et à faire émerger un premier consensus sur l’organisation collective. Plutôt qu’une véritable question de recherche, c’est la préoccupation communautaire du « qu’est-ce qui nous rassemble ? » qui s’est montrée la plus impérieuse. La majorité des personnes impliquées ne se connaissaient pas avant de se rencontrer dans le cadre de Faire avec. Et, même si le concept de savoir expérientiel paraissait intéressant à investiguer aux yeux des groupes (en particulier en lien avec la pair-aidance et les groupes de soutien), il pouvait paraître trop éloigné des vécus et des préoccupations de chacune.

Ce n’est donc pas un calendrier d’ateliers de co-recherche qui a été établi, mais plutôt un principe de rencontre et de partage d’expériences vécues autour de thèmes proposés par chacune. Pour faciliter la souplesse de la participation, il a été décidé d’enregistrer les échanges, permettant ainsi une écoute en différé, quitte à réagir sur le serveur Discord créé pour les échanges asynchrones et l’organisation collective.

Deux premiers ateliers « Témoignages » ont été organisés autour du thème « Diagnostic » puis autour du thème « Prise en charge ». Nous avons collectivement constaté la charge émotionnelle des récits qui ont été partagés (à la fois pour la personne qui témoigne et pour les personnes qui écoutent). Cela a entraîné des échanges réflexifs sur le juste équilibre à établir entre mobilisation des expériences vécues, volonté de contribuer à des questions de recherche, et volonté d’obtenir des résultats tangibles, de « produire quelque chose ».

Peu à peu, nous avons donc échangé sur ce à quoi nous tenions, et sur ce à quoi nous aimerions aboutir. Différents sujets ont émergé, comme la légitimité, la « vérité » de la souffrance psychique (objectif de déstigmatisation, ou encore la vulnérabilité comme condition pour établir (1) des relations fondées sur l’authenticité et (2) des savoir-faire ou astuces collectives, dans le quotidien, pour faire avec cette souffrance. Nous avons pu converger vers la question du « comment on se rencontre, comment on fait lien, comment on mutualise nos faire-avec (le handicap / la neuroatypie / les troubles) ? ».

À partir de ces discussions réflexives vis-à-vis de nos objectifs, nous avons abouti aux mots-clés suivants : communauté / lien ; fluidité organisationnelle ; partage de ressources, mise en commun de savoirs expérientiels ; pérennisation. Dans la pratique, l’idée serait alors d’avoir des ateliers permettant d’aborder collectivement des difficultés que l’on peut rencontrer du fait de nos troubles. La participation serait ouverte à toute personne voulant se joindre à nous. Dans ce contexte, le Discord pourrait servir de « porte d’entrée ». Ces ateliers pourraient prendre des formes variées pour s’adapter aux modes de communication et de partage de chacun·e. L’idée serait aussi de travailler à garder trace sous la forme d’un site qui recenserait les résultats des ateliers ainsi qu’une formalisation de la manière dont nous fonctionnons, pour faciliter les essaimages (réflexions à plus long terme que l’organisation d’ateliers) : c’est le site sur lequel vous vous trouvez actuellement =) Au sein de ces ateliers, il serait bien sûr possible d’aborder les sujets auxquels on tient et dont on a déjà pu parler, comme la légitimation de nos difficultés et souffrances dans l’espace public, et d’aboutir à des actions plus concrètes si souhaité.

En août 2026, nous en sommes donc là de nos réflexions. Nos premiers mois d’existence ont été faits de tâtonnements, de nombreux feedbacks et réflexions, d’incertitudes. Nous avons échangé sur le rôle de chacune, et en particulier sur la posture particulière de la chercheure facilitatrice. Nous avons pu verbaliser combien il était enrichissant de se rencontrer, et de constater que malgré les incertitudes nous parvenions à faire émerger quelque chose qui nous semble précieux. Nous prévoyons de tester plusieurs formats d’ateliers tout en élargissant peu à peu la taille de la communauté, dont les contours vont nécessairement varier au fil des présences estudiantines à Compiègne (départs en stage, à l’étranger, fin d’études, etc.).